Les petits gestes #2 : les faux-amis de l’écolo

Je vous connais mes petits haricots des bois, vous essayez tou.te.s de faire de votre mieux pour éviter que l’on crève dans d’affreuses souffrances que le réchauffement climatique se poursuive jusqu’au point de non retour. Oui mais voilà, n’est pas expert qui veut et on peut vite se faire berner se retrouver perdu.e.s pour démêler les vrais gestes écolos de leurs némésis. Tour d’horizon : 

Les totebags

Je commence par le classique, le superbe, l’indémodable, le merveilleux totebag ou sac fourre-tout en tissu que nous avons tou.te.s dans nos placards. Là vous vous dites “ho ho ho, minute papillon, les totebags c’est vachement plus top que les sacs en plastique” et la réponse est oui… et non. 

Oui, quand on raisonne en termes de déchets produits, totebag > sac plastique qui se retrouve dans les océans, pollue les eaux et a un impact désastreux sur la biodiversité. Et pourtant, une étude de l’Agence Danoise de Protection de l’Environnement estime qu’un sac en coton type totebag doit être réutilisé au moins 7 100 fois pour égaler les performances environnementales d’un sac en plastique, en tenant compte de critères variés tels que la toxicité pour les humains, la réduction de l’ozone, l’impact sur les ressources et matières premières… Quelques années auparavant une étude de l’Environment Agency, son équivalent british, avait quant à elle estimé que ces sacs devait être réutilisés au moins 131 fois pour assurer une incidence moindre que les sacs plastiques sur le seul réchauffement climatique.  

Quelle est donc cette sorcellerie ? 

En fait, c’est plutôt simple, le mode de production des totebags est gourmand en énergie et occasionne des rejets de produits chimiques pas très sympathique, la culture du coton est gourmande en eau et bien sûr ces petits sacs miracles sont acheminés depuis des lieux de production éloignés. Le beau combo. 

Surtout, la mode des sacs tout con en coton a déferlé sur le monde, qui l’eût cru, séduisant le tout venant par son côté pratique et son look déclinable à l’infini, des clients de Naturalia aux fashionistas en passant par les marques qui en ont fait des objets marketing. C’est bien là que le bas blesse, on a tou.te.s, moi la première, plusieurs (jusqu’à une dizaine) totebags qui s’entassent à la maison. Est-ce qu’on en a besoin d’autant ? non. Est-ce que ça nous a rendu plus heureux.ses ? Je ne crois pas. Est-ce que ça fait du bien à la planète ? Certainement pas. 

Qu’est-ce qu’on fait ? On arrête d’en acheter, déjà, et on use ceux qu’on a jusqu’à la corde. On n’hésite pas, lorsqu’ils sont inutilisables, à les déposer dans des bennes de recyclage textile – tant qu’à faire. Quand on en n’a plus, on ne repasse bien évidemment pas au traditionnel sac plastique de l’enfer, on a le droit de racheter un totebag mais on le choisit avec le moins d’impact possible. C’est à dire en coton bio, car la culture du coton bio utilise beaucoup moins d’eau que celle du coton conventionnel, de grand volume et avec les motifs les plus minimalistes possibles. 

La trottinette électrique 

Je l’avoue, j’ai voulu rédiger cet article dans l’unique but de mettre en garde contre cette hérésie (et déverser ma haine). Bon nombre de sociétés de location de trottinettes électriques ont fait de la prétendue performance écologique de ce moyen de transport un argument marketing. Et ça c’est très vilain, de duper les pauv’ gens crédules. Rétablissons la vérité. 

Bah ouais, quand on se déplace en trottinette électrique, on rejette moins de CO2 qu’en voiture quand même, vu qu’on n’utilise pas d’essence, faut pas déconner. Oui. Certes. Mais vous allez me faire croire que les pignoufs barbus qui descendent le boulevard Magenta sur leur Lime seraient allés au boulot en bagnole autrement ? Eh non. La trottinette électrique, surtout dans le contexte parisien, ce qu’elle remplace, ce sont les mobilités douces : le vélo, la marche, celles qui ne polluent rien de rien. Et si la trottinette électrique ne rejette pas de CO2 quand on l’utilise, ce n’est pas forcément le cas quand on ne l’utilise pas… 

Eh oui mais petit.e.s chat.te.s, vous ne pensiez quand même pas que ces bolides se rechargeaient tout seuls et par magie ? Non, ce sont des bonshommes et des bonnesfemmes qui s’occupent de vous, on les appelle des “Juicer”, iels sont payé.e.s au lance pierre et se font la guerre à qui ramassera le plus de trottinette (pour être payé.e.s plus donc). On les voit ainsi faire le tour des villes en… fourgonnettes, pour réunir le butin et allez charger tout ça. Ecolo, donc. 

Je vous passe le couplet sur le fait que l’électricité, il faut bien la produire quelque part et que ça occasionne forcément un coût pour l’environnement : l’uranium il faut bien aller le chercher quelque part, = des forages pas jolis jolis et des déchets dont on ne sait que faire ; mais rassurez-vous les énergies “vertes” ne sont pas en reste, car pour l’éolien comme pour le solaire, il faut des matériaux dits “critiques” qu’on trouve aussi dans notre petit barda électronique, dont on ne dispose pas en quantité illimitée et qu’il faut aussi aller chercher sous la terre. 

Au fait, vous vous rappelez de notre article précédent sur l’impact du numérique ? On avait déjà établi que le plus polluant c’était le hardware, à savoir la partie matérielle du numérique, en l’occurrence les terminaux via lesquels on accède au Graal. Avec les trottinettes, c’est pareil. Oui, il a le coût d’usage, mais il y a aussi le matériel de base : la trottinette en elle-même. Hmmm les bonnes grosses batteries au lithium ! Saviez-vous qu’à Paris, en raison de l’usage (et donc de l’usure) intensif qui en est fait, elles ont une durée de vie de 3 semaines seulement ? Ah et bien sûr, rien n’est recyclable. 

Ca donne envie, n’est-ce pas ? 

Je présente mes excuses à tous les pignoufs barbus et toutes les autres personnes qui ont pu se sentir personnellement attaquées par ce passage : je vous aime quand même, on n’arrête pas d’apprendre comme dirait l’autre. 

Qu’est-ce qu’on fait ? On enfourche son vélo, pardi !

Les couches lavables

Enfin de toute façon, quelle idée de faire des gosses ? 

Plus sérieusement, celle-ci m’en a bouché un coin. Cette fois-ci c’est le cheminement de pensée inverse qu’il faut suivre et s’intéresser au coût d’usage de ces petites choses-là. Moins de déchets, c’est incontestable mais les couches lavables doivent être… bah lavées et ça n’est pas sans conséquences. Ainsi quand on les place dans un lave-linge quasi vide (parce que beurk), qu’on lave à méga haute température et avec beaucoup beaucoup de lessive pour être sûr.e.s, on annule un peu le joli geste qu’on pensait faire pour Madame la Terre. L’Ademe (suivez un peu, c’est l’agence de la transition écologique française) a statué : « les impacts environnementaux des couches lavables et jetables sont du même ordre de grandeur ». Vous pouvez retrouver un article de l’Ademe qui précise les choses ici

Qu’est-ce qu’on fait ? Si vous voulez réduire vos déchets de couches, vous pouvez bien-sûr vous en tenir aux couches lavables, mais en adoptant quelques gestes sommes toute assez logiques : on lave dans une machine pleine, à partir de 40° (max 60°), on utilise des lessives écologiques, on les fait sécher à l’air libre et pas au sèche-linge et on ne les repasse pas (non sans déconner il y a des gens qui repassent les couches !? Je repasse déjà pas mes chemises…).

La vaisselle en bambou 

Bon, il est temps que je fasse mon mea culpa, je savais pas M’dame le juge, je le ferai plus. J’ai cru avoir trouvé dans le bambou une super alternative au plastique pour ma vaisselle. Explication : j’ai quatre pieds gauches, le verre et la céramique ont donc une durée de vie assez limitée chez moi. Je me disais que c’était trop bête de racheter de la vaisselle tous les quatre matins et quand je suis tombée sur des verres en bambou j’ai poussé mon “hallelujah”. 

Oui, mais non. 

Déjà verdict après quelques mois : ça casse aussi, en fait, le bambou. RIP mes deux verres et mon saladier…

Surtout, j’ai appris des choses pas jolies jolies sur ce petit matériau. Le bambou, voyez-vous, est une plante. Jusque-là vous devez vous dire “cimer captain obvious”. Concentrez-vous bien : le bambou est une plante et pas un bois. Cela veut dire que le processus de fabrication ne sera pas le même. Le bois ça peut être utilisé tel quel, taillé pour devenir une jolie cuiller ou n’importe quoi. Le bambou, non. En fait, on utilise les fibres de bambou qu’on agglomère pour faire une pâte qu’on va mouler. Et c’est là que ça commence à faire mal : comment donc qu’on lie notre jolie pâte de bambou ? Avec une résine plastique pardi ! La mélamine, le plus souvent. Tout va bien, c’est normalement inoffensif. 

Enfin… sauf quand elle est de mauvaise qualité. Alors elle rejette des composants toxiques dans les aliments, qui peuvent avoir un impact sur les reins et qui sont cancérigènes. Top. En 2013, la DGCCRF a fait sa petite enquête auprès des fabricants d’objets en bambou, verdict : plus d’un objet en bambou sur dix présentait une “migration de formaldéhyde” (le truc cancérigène). On évite le chauffage au micro-onde, particulièrement propice à la libération des molécules toxiques de ces petites choses. 

Outre la toxicité pour l’organisme, vous n’êtes pas sans savoir – sauf à vivre particulièrement reclus.e même en temps de non-confinement – que le bambou a la côte : brosse à dent, monture de lunettes, abattants de chiotte, vaisselle… sky is the limit. Le bambou sur le principe c’est mieux que le plastique, alors on dit oui. Mais seulement si on sait d’où il vient. En effet, cette popularité indécente a fait que les plantations durables n’arrivent plus à suivre le mouvement et de gigantesques plantations ont vu le jour en Asie, déforestant tout sur leur passage. 

Qu’est-ce qu’on fait ? On vérifie bien l’origine du bambou quand on achète un nouvel objet, en se demandant s’il n’existe pas des alternatives écologiques dans d’autres matériaux et/ou on opte plutôt pour de la seconde main (ouais bon p’t’être pas pour les brosses à dents…). Et pour cette histoire de vaisselle, on s’abstient tout simplement. Moi je n’ai pas de solution pour mon problème de vaisselle cassée et ça m’embête bien donc si vous avez des alternatives au plastique, je vous attends avec impatience !

Bisous non-toxiques (enfin j’espère)

M.


Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s