Mes poils et moi

Mes poils et moi on a eu (a ?) une relation qu’on peut qualifier de compliquée. Si je devais en faire le récit chronologique je dirais que notre histoire remonte à un jour de printemps alors que j’avais à peine 12 ans. J’arborais un short en jean mal coupé et mon père me fit alors la remarque suivante “eh beh, t’as du poil aux pattes, ce serait peut-être bien de faire quelque chose”. Mes poils de jambes ne m’avaient jamais dérangée, pas plus que mes poils pubiens ou mes poils d’aisselles. J’en parlais à ma mère, un peu hébétée par la soudaine mise en accusation de ma pilosité. Ma mère étant anti-rasoir (eh, chacun ses causes à défendre et ses principes, ok ?), il fut décidé que si retirage de poils il y avait ce serait à la cire. Youpi. Le week-end suivant, la compagne de mon père m’emmena donc dans l’institut de beauté d’une charmante petite galerie commerciale pour qu’on m’arrache les poils des jambes avec des bandes de cire chaudes. Un début de relation que d’aucuns pourraient qualifier de traumatique mais enfin, je fis avec – enfin surtout avec larmes et cris de douleurs. 

Ce petit rituel mensuel m’a accompagné toute mon adolescence : jambes complètes + maillot simple + aisselles. 45€, merci, on prend rendez-vous pour le mois prochain ?

Parce que je fais des recherches et que je me donne pour mes articles j’ai fait le calcul : en partant du principe que je ne me sois épilée que 6 mois de l’année – parce que fuck l’hiver même à ce moment-là – jusqu’à mes 17 ans, j’ai dépensé au moins 1350€ de douleur en bandes. Et gâché, sans compter le transport, facile 72h de ma vie. Tout ça pour que ce soit doux une semaine et demie et même pas la moitié des vacances scolaires. J’étais devenue tellement obsessionnelle avec mes poils que je ne pouvais même pas me toucher les jambes en hiver pour me mettre de la crème hydratante tant ça me dégoûtait. Faut quand même être sacrément atteinte ! 

Le paroxysme de la folie furieuse a été atteint quand je demandai à ma mère, en guise de cadeau, des séances de laser pour me faire retirer les poils des demies-jambes définitivement. 200€, les séances. Manque de chance – pour changer – j’étais de celles qui ne supportent pas bien le laser, j’avais beau m’enduire les mollets de crème anesthésiante tout comme il fallait la sensation de brûlure était intenable et me laissait des marques pendant plusieurs jours. Au bout de deux ou trois séances, j’ai abandonné. 

Cet abandon a coïncidé avec une période où je me sentais un peu mieux dans mon corps et dans ma tête, je me suis détendue du bulbe pileux. Toujours pas au point de sortir en short les jambes pas nettes faut pas déconner, mais je pouvais me mettre de la crème et le contact de mes poils ne me rebutait plus. 

Le laisser aller a fait son petit bonhomme de chemin, ce n’était plus ma number 1 priority, loin de là, j’y pensais à peine. Et pour les occasions, les dates, les soirées, j’étais passée aux rasoirs  – eh oui maman, c’est comme ça – moins coûteux, indolores et plus pratiques.

Puis il y a eu cette fin de matinée d’automne. Nous rentrions d’une petite sortie course à pied, mon père, ma sœur et moi. Ma sœur devait avoir 13, peut-être 14 ans, et courait en short. Soudain mon père lui lance une remarque qui m’a semblé très – trop – familière : “eh bah alors, t’as vu tes poils, va falloir faire quelque chose !”. Ma soeur baragouines quelques mots, que ça la dérange pas, qu’elle s’en fiche. J’interviens. Je me sens forte et puissante. Je me sens justicière. Je dis à mon père “Pourquoi elle ferait quelque chose si ça ne la dérange pas, laisse la tranquille et occupe-toi de tes poils”. Il me rétorque que c’est un peu facile venant d’une fille qui se fait épiler depuis ses 11/12 ans.

“C’est que moi, papa, je n’avais pas de grande soeur pour me dire que je n’étais pas obligée”.

– Une super grande sœur

J’avais l’impression d’avoir accompli mon devoir ce jour-là. Il ne lui en a, je crois, jamais plus parlé. 

Pour autant j’ai encore du chemin à parcourir. Je me promène désormais l’été les aisselles pas tout à fait nettes et les jambes en état de reforestation, mais j’essaie malgré tout de me raser régulièrement pour partager des moments de douceur avec mes partenaires et je me sens toujours un peu mal à l’aise quand je ne le suis pas. J’ai la chance aujourd’hui d’être avec mon amoureux qui me fait me sentir tout aussi désirable poilue que rasée de frais, alors j’essaie de le faire davantage pour moi que pour les autres. 

Je ne suis pas encore une héroïne, comme ma meilleure amie qui va se teindre les poils des aisselles en rose (hétéro, l’amie, que vous mesuriez son courage), mais je suis sur le bon chemin. 

Baby steps. 

En tout cas, quand je regarde le chemin accompli en une dizaine d’année, je me dis que j’ai de quoi être fière de moi. Dans tous les cas, où que vous en soyez dans votre process, que vous soyez de la team glabre for ever, all natural ou n’importe où entre les deux, tant que vous faites ce qui vous fait vous sentir bien – VOUS, pas les autres – vous pouvez être fièr•e•s de vous. 

à bientôt, 

M.


Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s